Avant l’oubli
Ouverture
EN

De l’ombre à la lumière

Avant l’oubliLucie Fuantes

Une vie française brisée par la persécution, traversée par la déportation et portée jusqu’à nous par les archives.

Lucie enfant · archive familiale

Convoi 77
31·07·1944

1921–1944 · Maubeuge, Saint-Quentin, Paris

De l’enfance à la jeunesse

L’histoire de Lucie ne commence pas avec son arrestation. Pendant plus de vingt ans, il y a une famille, une école, des déménagements et une jeune femme qui construit sa vie en France.

Carte postale ancienne de la place Mabuse à Maubeuge
Place Mabuse · carte postale diffusée avant 1930, date exacte inconnue. Wikimedia Commons · domaine public

Grandir à Maubeuge

Lucie naît le 14 juillet 1921. La famille vit d’abord rue de la Prévoté, puis rue de Mons. Les premières photographies familiales datent probablement de cette période.

Façade sud de la basilique de Saint-Quentin à la fin des années 1930
Basilique, façade sud · fin des années 1930. Carte postale · domaine public

Apprendre à Saint-Quentin

La famille s’y installe en décembre 1925. Lucie fréquente l’école de la rue des Patriotes dès 1927 ; ses frères Albert et Maurice, l’école Michelet. La famille obtient la nationalité française en 1933.

Rue Frédéric-Sauton à Paris, photographie vers 1930–1940
Rue Frédéric-Sauton · vers 1930–1940. Musée Carnavalet / Paris Musées · CC0

Grandir à Paris

À 18 ans, Lucie rejoint avec les siens le 58 rue Sedaine. Elle y entre dans l’âge adulte, au cours des années d’Occupation, jusqu’à son arrestation avec sa mère, à 23 ans.

Photographies de contexte urbain : elles ne représentent pas nécessairement les logements de Lucie.

Lucie et sa famille · probablement MaubeugeAnimation d’une photographie familiale · pas une archive filmée

20 octobre 1942 · Préfecture de l’Aisne

Françaises, puis désignées comme juives

Le régime de Vichy réexamine les naturalisations accordées depuis 1927. Le rapport administratif reconnaît la bonne conduite de la famille, puis transforme son identité juive en motif de suspicion.

« Leur conduite et leur moralité sont bonnes […] Cependant, ils sont de confession israélite. »Rapport préfectoral, 1942

18 juillet 1944 · 58 rue Sedaine, Paris

Arrêtées ensemble

Yéchona meurt le 18 avril 1944. Exactement trois mois plus tard, Fortunée et Lucie sont arrêtées à leur domicile par la Milice française. Lucie indiquera elle-même le motif dans son dossier : « israélite ».

Deux témoins confirment qu’ils ont vu la mère et la fille emmenées ensemble. Les archives établissent clairement le caractère antisémite de l’arrestation.

Milice
française

19–31 juillet 1944 · Drancy puis Bobigny

Douze jours avant le départ

Lucie et Fortunée sont internées à Drancy sous le même numéro de dossier : 27163. Le 31 juillet, elles sont conduites à la gare de Bobigny et déportées vers Auschwitz-Birkenau.

À cette date, le camp est dirigé par le SS Aloïs Brunner, qui en a pris la direction en juillet 1943. Cette responsabilité éclaire l’organisation des déportations ; aucune pièce du dossier ne permet toutefois d’affirmer qu’il a personnellement rencontré Lucie ou Fortunée.

Sur un mur de Drancy, Lucie inscrit son nom et celui de sa mère, leur adresse, leur arrivée le 19 juillet et leur déportation le 31 juillet 1944 : une trace directe de leur passage.

1 306personnes déportées
324enfants
77numéro du convoi

Graffiti de Drancy · juillet 1944

Août 1944 · Auschwitz-Birkenau

Une séparation définitive

À l’arrivée à Auschwitz-Birkenau, Lucie est séparée de sa mère. Fortunée, âgée de quarante-six ans, est assassinée ; Lucie est sélectionnée pour le travail forcé.

« Avons été séparées à l’arrivée du camp le 2 août 1944 à 3 heures du matin. Pour ma mère : “pour four crématoire”. »Lucie Fuantes, déclaration du 13 novembre 1951

Lucie indique : Auschwitz du 2 août au 15 septembre, Birkenau du 15 septembre au 4 octobre, puis Kratzau jusqu’à sa libération le 8 mai 1945.

Pourquoi plusieurs dates ? Lucie date la séparation du 2 août à 3 heures. Yvette Lévy situe l’arrivée du convoi dans la nuit du 2 au 3 août ; une synthèse récente de l’association Convoi 77 la place dans la nuit du 3 août. Le 5 août est la date de décès retenue administrativement pour de nombreuses victimes assassinées à l’arrivée. Ces dates n’ont ni la même source ni la même fonction : le site les conserve sans fabriquer une heure commune.

Reconstitution croisée : Lucie ne donne pas son numéro de block. Mais Yvette Lévy, déportée par le même convoi puis transférée elle aussi à Kratzau, décrit l’entrée du train dans Birkenau, la sélection, la Sauna et la quarantaine des femmes dans les anciennes baraques du secteur des familles roms. Cela permet de situer le parcours probable du groupe — sans transformer cette localisation en certitude individuelle pour Lucie.

Fortunée Sabah · archive familiale

31 juillet — début août 1944 · De Bobigny à Birkenau

Suivre le Convoi 77

Activez chaque étape pour suivre le train à travers la France et l’Allemagne jusqu’à la Pologne occupée. Le tracé est une reconstitution originale établie d’après l’itinéraire publié par l’association Convoi 77.

Kratzau apparaît en or : cette dernière étape n’appartient pas au trajet du train. Elle correspond au transfert ultérieur de Lucie, comme de plusieurs survivantes.

Consulter l’itinéraire source

Bobigny

Après leur internement à Drancy, les déportés sont conduits en autobus à la gare. Le Convoi 77 part dans la matinée.

31 juillet 1944 · Même convoi, plusieurs voix

Écouter deux rescapés

Yvette Lévy et Abraham Fridman sont déportés par le même Convoi 77 que Lucie. Leurs témoignages rendent sensibles l’arrivée, la sélection et le travail forcé que les dossiers administratifs racontent à peine.

Précision historique : leurs parcours éclairent celui du convoi, mais restent différents. Aucun document présenté ici n’établit que Lucie connaissait Yvette Lévy ou Abraham Fridman.

Découvrir l’entretien source
Témoin du Convoi 77

Mémorial de la Shoah — entretien d’Yvette Lévy réalisé par des élèves du groupe scolaire de l’Assomption à Bondy.

Lire aussi son témoignage sur Convoi 77 →

31 juillet 1944 · Le Convoi 77

1 306 vies, pas un nombre

Faites apparaître les personnes déportées par le Convoi 77. Chaque point représente une vie. Parmi elles se trouvent 324 enfants.

Lecture : les points rendent visible l’échelle humaine du convoi. Ils ne constituent pas une liste nominative et ne permettent pas d’attribuer un âge à chaque point.

Source : association Convoi 77 ↗

0vies

1 point = 1 personne
324 enfants

Chaque point est une personne. Les noms de Lucie et Fortunée apparaîtront lorsque la constellation sera complète.

29 juin 1945 — aujourd’hui · Paris, Hautmont

Faire revenir un nom à la lumière

Lucie rentre seule à Paris. Le retour ne clôt pas le dossier : pendant des années, elle doit écrire, témoigner et faire reconnaître administrativement ce qu’elle et sa mère ont subi.

Site réalisé par Karima AFEJJAY.

Projet pédagogique réalisé par Karima AFEJJAY, Nadia Ihya, Anne-Cécile Viez et Perrine Meuret, avec les élèves du lycée Placide Courtoy à Hautmont, dans le cadre du projet Convoi 77.

Espace enseignant · questions et sources

Avant la visite — Demander aux élèves ce qu’un document administratif peut prouver, et ce qu’il ne dit pas d’une vie.

  1. Comment la famille Fuantes, naturalisée française en 1933, est-elle désignée dans le rapport préfectoral de 1942 ? Que révèle ce choix de mots ?
  2. Que permet d’établir le graffiti de Drancy au sujet de Lucie et Fortunée ? Quelles informations ne donne-t-il pas ?
  3. Que raconte Lucie sur la séparation d’avec sa mère ? Pourquoi le site conserve-t-il les dates différentes des sources sans les fusionner ?
  4. Comment les témoignages d’Yvette Lévy et d’Abraham Fridman éclairent-ils le Convoi 77, sans prouver que leur expérience fut identique à celle de Lucie ?
  5. Que fait comprendre la constellation des 1 306 vies ? Pourquoi précise-t-on qu’elle n’est pas une liste nominative ?

Sources à consulter

Les archives présentées permettent de distinguer les faits établis, les témoignages, le contexte collectif et les points qui restent inconnus. Les documents d’époque peuvent contenir des termes antisémites : leur citation sert à étudier les mécanismes de persécution, sans reprendre leur point de vue.

Sources, crédits et méthode historique

Sources : état civil, dossier de naturalisation, rapports de police, certificats de scolarité, fiches d’internement de Drancy, liste du Convoi 77, dossiers du ministère des Anciens Combattants, déclarations de Lucie Boeno née Fuantes, photographies familiales, archive de l’école Michelet et graffiti de Drancy. Itinéraire, données collectives et témoignages d’Yvette Lévy et d’Abraham Fridman : association Convoi 77 et Mémorial de la Shoah. Mise en perspective collective : Anaëlle Riou, Une micro-histoire de la Shoah en France. La déportation des Juifs du Convoi 77, 2019. Photographies contextuelles de l’entrée : Library of Congress via Wikimedia Commons (Constantinople) et Villes et villages de l’Avesnois (Maubeuge). Chaque pièce de la salle d’archives est datée et décrite selon sa fonction. Lorsqu’une cote n’est pas visible sur la reproduction communiquée, le site n’en invente pas. Les formulations distinguent les faits établis, les témoignages, le contexte collectif et les éléments non établis ; les discordances de dates restent visibles.

Vous connaissez désormais son nom. Que choisissez-vous de transmettre ?

Choisissez le mot que vous emporterez avec vous.
Mémoire
transmise

Avant l’oubli · Convoi 77

Une vie, plusieurs lieux

Borne de consultation · navigation tactile · sans son
Carte postale de la place Mabuse à Maubeuge
Carte postale ancienne de la place Mabuse · date exacte inconnue.

1921–1925

Maubeuge

Lucie naît à Maubeuge le 14 juillet 1921. Les documents situent sa famille rue de la Prévoté, puis rue de Mons.

Image de contexte : carte postale diffusée avant 1930, date exacte inconnue. Notice Wikimedia Commons · domaine public.

Étape 1 sur 8

Constantinople · La porte des origines

Où commence une histoire ?

Décor d’évocation · inspiration ottomane

Avant de quitter l’exposition

Lucie FuantesFortunée Sabah

Vous connaissez désormais leurs noms. Ne les laissez plus disparaître.

Une mère, une fille · au cœur du Convoi 77

À Auschwitz-Birkenau, leurs parcours se séparent. Le fil de Fortunée s’arrête. Celui de Lucie continue.

Photographie familiale de Lucie enfant avec sa mère et sa tante

Maubeuge · 1921

Avant le convoi, une famille

Lucie grandit auprès de sa mère, Fortunée. Derrière les futures fiches administratives, il y a d’abord des visages, une enfance et une famille installée en France.

La famille face à l’étude du convoi

Une histoire singulière dans une histoire collective

Le mémoire d’Anaëlle Riou permet de replacer Lucie et Fortunée parmi les déportés du Convoi 77, sans réduire leurs vies à des statistiques.

Niveau de preuve : l’étude éclaire le contexte collectif ; les archives familiales établissent leur histoire individuelle.

Archive familiale · faits biographiques établis par les recherches des élèves.

La lampe d’archives

Photographie familiale de Lucie enfant à Maubeuge

Archive 1 sur 4

Une enfance à Maubeuge

Lucie enfant apparaît au premier plan. Derrière son petit frère se trouve leur mère, Fortunée ; à ses côtés, leur tante.

Votre geste révèle l’archive.
Faites glisser votre doigt ou votre souris sur l’image.

Ma carte de mémoire

Emporter un mot, transmettre deux noms

Cette carte garde la trace de votre visite. Vous pouvez l’enregistrer ou la partager pour faire connaître l’histoire de Lucie Fuantes et de Fortunée Sabah.

Les lieux de vie · avant / aujourd’hui

Avant Aujourd’hui

Faites glisser le curseur sur la photographie.

Les archives parlent — à condition de les croiser

Chapitre 1 · avant 1940

Avant les fiches, une famille

Aucun document ne raconte tout. Une lettre montre ce que son auteur demande ; un rapport révèle le regard de l’administration ; une photographie garde des visages. C’est leur mise en relation qui permet d’approcher une vie.

Établi par une archiveRecoupéLimite signalée
Papier à en-tête du commerce Au Petit Joseph à Saint-Quentin
26 janvier 1933 · Saint-Quentin. Papier à en-tête « Au Petit Joseph », 114 rue d’Isle. Agrandir le document ↗

Une activité, une adresse, des savoir-faire

« Au Petit Joseph »

Le papier à en-tête documente une activité commerciale : dentelles, broderies faites à la main, rideaux et couvre-lits réalisés sur commande. Derrière le futur dossier de persécution, il y a d’abord un travail, des savoir-faire et une famille installée.

Ce que la pièce établit : le nom commercial, l’adresse de Saint-Quentin et la nature de l’activité en 1933.

Ce qu’elle ne permet pas d’affirmer : qu’un commerce identique existait auparavant à Maubeuge.

Les archives administratives peuvent aussi conserver la trace d’une vie ordinaire.

Portrait attribué à Leïa Yami
Leïa YamiGrand-mère paternelle de Lucie, selon l’identification transmise dans le dossier de travail.
Portrait attribué à Victoria Behar née Fuantes
Victoria Behar née FuantesTante paternelle de Lucie. L’image originale est de très faible définition.

Méthode : ces deux portraits sont identifiés par les légendes du dossier familial, sans cote visible. Ils sont donc présentés comme des identifications transmises, non comme des attributions archivistiques autonomes.

Archives sonores · un fragment

Enregistrement contemporain · document sonore

La machine administrative

Cette prise de son contemporaine présente une machine à écrire Erika 5 fabriquée en 1940. Elle accompagne un document sur les persécutions administratives de Vichy ; ce n’est pas un enregistrement d’époque. Aucun son du convoi ni de l’écriture de Lucie n’est reconstitué. Le parcours conserve un temps de silence en hommage aux victimes.

La machine administrative

Les touches, les mécanismes et le retour du chariot d’une véritable machine à écrire Erika 5 fabriquée en 1940.

Prise de son contemporaine : elle évoque le travail administratif par lequel le régime de Vichy fait de l’identité juive un motif de persécution.

100 %
Sur téléphone, utilisez aussi les boutons de volume de l’appareil.

Aucun son n’est lancé automatiquement. Vous pouvez choisir d’écouter l’enregistrement.

Document d’archives

Le Fil 77 · tenir la mémoire

Lucie Fuantes enfant à Maubeuge
0/ 77 secondes
Maubeuge · 1921

Une enfance commence

Avant les fiches, les numéros et le convoi, il y a une enfant, une famille et une vie à construire.

Maintenez votre doigt sur le cercle — ou la barre d’espace — pour faire avancer le fil de la mémoire.

Le fil attend votre geste.

Hommage dessiné à Lucie

Évocation artistique · 1 min 30

Hommage à Lucie

Cette création artistique s’inspire du parcours documenté de Lucie. Les images sont reconstituées : elles ne constituent pas des archives filmées.

Deux chronologies pour comprendre

  1. ParisMariage de Yéchona Fuantes et Fortunée Sabah.
  2. MaubeugeNaissance de Lucie Suzanne Fuantes.
  3. Saint-QuentinInstallation de la famille ; Lucie est scolarisée rue des Patriotes.
  4. Une enquête administrative sur le passé maubeugeoisLe commissariat de Maubeuge répond à une demande de renseignements sur Yéchona. Le rapport consigne des adresses et une activité, mais aussi des jugements et une erreur à recouper.
  5. NaturalisationYéchona et Fortunée deviennent français.
  6. ParisLa famille s’installe au 58 rue Sedaine.
  7. Révision de la nationalitéLa préfecture de l’Aisne transmet le dossier de la famille.
  8. Mort de YéchonaUne note administrative situe son décès à Paris. Fortunée et Lucie restent au 58 rue Sedaine.
  9. ArrestationLucie et Fortunée sont arrêtées ensemble par la Milice française.
  10. DrancyLa mère et la fille sont internées sous le dossier 27163.
  11. Convoi 77Départ de Bobigny vers Auschwitz-Birkenau.
  12. Auschwitz-BirkenauLucie et Fortunée sont séparées. Fortunée est assassinée.
  13. KratzauLucie est transférée dans ce camp de travail forcé.
  14. LibérationLucie est libérée à Kratzau.
  15. Retour à ParisLucie est rapatriée en France.
  16. Se reconstruireLucie épouse Vitali Boeno ; les dossiers la nomment désormais aussi « Lucie Boeno née Fuantes ».
  17. TémoignerLucie décrit par écrit l’arrestation, la déportation et la séparation d’avec sa mère.
  18. Faire reconnaître la disparitionLucie écrit qu’elle a reçu l’acte de disparition de Fortunée.
  19. Une reconnaissance administrativeLe titre de « déportée politique » lui est accordé. Il ne constitue pas une preuve d’activité résistante.

Été 1944 · entrer dans Auschwitz-Birkenau

Sélection de déportés sur la rampe intérieure de Birkenau en 1944
Archive historique · Album d’Auschwitz, dit album de Lili Jacob, photographié par des SS en 1944. Cette photographie montre une autre arrivée : elle ne représente ni Lucie, ni Fortunée, ni le Convoi 77.
Établi pour le Convoi 77

Le train entre directement dans Birkenau

Depuis mai 1944, la voie ferrée pénètre à l’intérieur du camp. Yvette Lévy témoigne que le Convoi 77 passe sous la tour-porche dans la nuit du 2 au 3 août avant de s’immobiliser sur la rampe.

Sources : Yvette Lévy, Convoi 77 · Mémorial de l’ancienne gare de Bobigny.

Pour bien lire les repères 3 et 4

3BIIe — zone probable pour le groupeYvette Lévy situe ici les femmes du Convoi 77 pendant la quarantaine. Le baraquement précis de Lucie reste inconnu.
4BIa–BIb — simple repère généralIl s’agit du camp des femmes. Ce numéro n’est pas une nouvelle étape et ne signifie pas que Lucie y a été logée.
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Bobigny → Birkenau · plus de deux jours enfermés

La cité de la Muette transformée en camp d’internement à Drancy
Drancy · la cité de la Muette transformée en camp d’internement
Ancienne gare de déportation de Bobigny
Gare de Bobigny · lieu de départ du Convoi 77, le 31 juillet 1944
Wagon de marchandises présenté sur la rampe de Birkenau avec la tour-porche au loin
Un wagon sur la rampe de Birkenau
Une vue contemporaine permet d’en comprendre l’échelle et la fermeture.Ce wagon présenté sur le site n’est pas identifié comme celui de Lucie ni du Convoi 77. Adam Jones, 2009, CC BY-SA 3.0.

31 juillet — début août 1944

Plus de deux jours sans savoir où le train va

Dans la matinée du 31 juillet, Lucie et Fortunée quittent Drancy en autobus. À Bobigny, l’embarquement est brutal et très rapide, puis le train s’ébranle vers l’est. Touchez les quatre temps du voyage.

Déportés juifs sur la rampe de Birkenau devant des wagons de marchandises en 1944
Birkenau, 1944 : les wagons sur la rampe. Cette photographie de l’Album d’Auschwitz montre une autre arrivée au printemps 1944 ; elle ne représente ni Lucie ni le Convoi 77.Nationaal Archief, domaine public · voir la notice complète.
1 306personnes déportées par le Convoi 77
324enfants parmi les déportés
> 2 joursdurée certaine ; l’heure exacte varie selon les sources
Le temps s’étire0 h

Bobigny : les portes se referment

Après les trois kilomètres parcourus en autobus depuis Drancy, les déportés sont poussés dans les wagons. Dès qu’un wagon est rempli, la porte est fermée.

De Bobigny à BirkenauÀ travers la France, l’Allemagne et la Pologne occupée
Carte du trajet du Convoi 77 Le train part de Bobigny, passe la frontière ferroviaire à Novéant, traverse l’Allemagne puis rejoint Auschwitz-Birkenau en Pologne occupée. FRANCE ALLEMAGNE POLOGNE OCCUPÉE Bobigny Novéant vers l’est Birkenau

Novéant est le point où, selon Yvette Lévy, l’équipe française laisse la conduite aux Allemands. Les horaires et le détail complet des voies empruntées ne sont pas tous conservés : la ligne montre donc le parcours général, pas chaque gare.

Entassementjusqu’à une centaine dans le wagon d’Yvette
Presque sans eauun seau à partager selon son récit
Sans intimitéun récipient pour les besoins
Chaleur extrêmeportes fermées, air rare
100 points = 100 viesOrdre de grandeur donné par Yvette pour son wagon.

« On nous a entassés à une centaine par wagon. Impossible d’être toutes assises. »

Yvette Lévy, rescapée du Convoi 77

Ce qui est certain — et ce qui ne l’est pas : ces témoignages documentent les conditions collectives du Convoi 77. Ils ne permettent pas d’identifier le wagon exact de Lucie. L’heure d’arrivée varie selon les sources : plutôt qu’une fausse précision, le site retient « plus de deux jours » et rend la discordance visible.

Sources : témoignage d’Yvette Lévy, association Convoi 77 · synthèse chronologique de l’association Convoi 77 · Anaëlle Riou, Une micro-histoire de la Shoah en France · Mémorial de l’ancienne gare de déportation de Bobigny.

Le saviez-vous ? · quatre repères essentiels

Un lien inattendu avec le territoire

De Maubeuge à Drancy

Le wagon-témoin installé au Mémorial national du camp de Drancy, près de Paris, a été construit en 1941 à Maubeuge, aux usines du Tilleul. La SNCF l’a offert au lieu de mémoire en 1988.

MaubeugeDrancy
Construit en 1941 · devenu objet de mémoire en 1988
01

Un témoin, pas « le » wagon de Lucie

Il est du même type que les wagons de marchandises utilisés pendant les déportations. Aucune archive ne permet d’affirmer qu’il a transporté Lucie ou le Convoi 77.

02

Le départ se fait à Bobigny

Lucie et Fortunée sont internées à Drancy, puis conduites en autobus à l’ancienne gare de marchandises de Bobigny le 31 juillet 1944.

03

1 306 personnes, dont 324 enfants

Le nombre révèle l’ampleur du convoi, mais chaque point et chaque chiffre renvoie à une personne, une famille et une histoire singulière.

04

Plus de deux jours : le minimum établi

Yvette Lévy situe l’arrivée dans la nuit du 2 au 3 août ; une synthèse récente de Convoi 77 évoque près de 53 heures, tandis que Lucie inscrit le 2 août à 3 h. L’écart est montré, pas effacé.

Le réflexe de l’historien : distinguer l’objet commémoratif, le témoignage, le document administratif et ce que chacun permet réellement d’affirmer. C’est cette vigilance qui protège des raccourcis et des fausses informations.

Sources : Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation · Drancy · association Convoi 77 · Anaëlle Riou, Une micro-histoire de la Shoah en France.

Lucie, sa famille et les lieux de mémoire

Lucie Fuantes enfant, vêtue d’un manteau et tenant un panier
Archive familiale · probablement Maubeuge

Lucie enfant à Maubeuge

Cette photographie semble appartenir aux premières années de Lucie à Maubeuge, avant l’installation familiale à Saint-Quentin. Elle rend à son nom un visage et une présence, au-delà des fiches administratives.

Localisation proposée à partir de la chronologie familiale ; la photographie ne porte pas de date lisible.
Lucie enfant au premier plan avec son petit frère, leur mère Fortunée et leur tante
Archive familiale · localisation probable

Lucie et sa famille

Au premier plan, Lucie enfant. À gauche, son jeune frère ; derrière celui-ci, leur mère Fortunée Sabah ; à droite, leur tante. La configuration est compatible avec les années maubeugeoises, avant 1925.

Personnes identifiées par la famille. L’absence de Maurice sur l’image ne suffit pas, à elle seule, à dater précisément la photographie.
Photographie encadrée de Fortunée Sabah, mère de Lucie
Archive familiale · date non précisée

Fortunée Sabah

La mère de Lucie apparaît ici dans un portrait familial conservé dans son cadre d’origine. Fortunée est arrêtée avec sa fille, internée à Drancy puis déportée par le Convoi 77.

Archive familiale transmise pour ce projet.
Photographie d’archive de l’école Michelet à Saint-Quentin
Saint-Quentin · photographie d’archive

L’école Michelet

Albert et Maurice, les deux frères cadets de Lucie, fréquentent cette école. Le document replace l’histoire familiale dans la vie quotidienne des enfants Fuantes à Saint-Quentin.

Photographie historique communiquée pour ce projet.
Graffiti de Drancy mentionnant Lucie Fuantes et sa mère
Drancy · juillet 1944

Une trace laissée sur le mur

« Arrivées à Drancy le 19 juillet 1944, Lucie Fuantes et sa mère, 58 rue Sedaine, déportées le 31 juillet 1944. » Cette inscription conserve leurs noms, leur adresse et les dates de leur internement et de leur déportation.

Photographie du graffiti transmise pour ce projet.
Entrée du camp d’internement de Drancy en août 1941
Photographie historique · août 1941

Le camp de Drancy

Cette photographie documente l’entrée du camp trois ans avant l’internement de Lucie et Fortunée. Elle contextualise le lieu sans prétendre les représenter.

Bundesarchiv, Bild 183-B10919 / Wisch / CC BY-SA 3.0 DE.
Ancienne gare de déportation de Bobigny photographiée en 2012
Lieu de mémoire · photographie de 2012

La gare de Bobigny

Le Convoi 77 quitte cette gare le 31 juillet 1944. L’image contemporaine permet d’identifier le lieu de départ conservé dans le paysage actuel.

Geralix / Wikimedia Commons / CC BY-SA 3.0.
Arrivée de déportés sur la rampe d’Auschwitz-Birkenau pendant l’été 1944
Photographie historique · été 1944

La rampe de Birkenau

Cette image appartient à l’Album d’Auschwitz, aussi appelé album de Lili Jacob. Tal Bruttmann, Stefan Hördler et Christoph Kreutzmüller l’ont notamment étudié ; ils n’en sont pas les photographes. C’est une image de contexte : elle ne représente ni Lucie, ni Fortunée, ni le Convoi 77.

Auteur inconnu, probablement Ernst Hofmann ou Bernhard Walter / Album d’Auschwitz, Yad Vashem / domaine public.
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Atelier d’histoire · trois cas à instruire

La salle des enquêteurs — du doute à la preuve

Ici, une archive ne devient jamais une certitude par sa seule apparence. Ouvrez chaque cas, confrontez l’hypothèse aux pièces et observez ce que l’on peut conclure — ou ce qu’il faut laisser inconnu.

Question · pièces · limite · conclusion
La photographie familiale a-t-elle été prise à Maubeuge ? Probable
Photographie familiale montrant Lucie enfant avec son petit frère, sa mère et sa tante
Photographie familiale non datée et non localisée dans les éléments transmis.

HypothèseLa scène pourrait avoir été photographiée à Maubeuge, avant l’installation de la famille à Saint-Quentin à la fin de 1925.

Pièces confrontéesLa photographie et l’identification transmise par la famille ; l’état civil ; le dossier de naturalisation et le rapport de police qui retracent les adresses maubeugeoises.

LimiteLa photographie ne porte ni date ni lieu lisibles. La présence ou l’absence d’un enfant ne suffit pas à la dater avec certitude.

ConclusionLes années maubeugeoises sont l’hypothèse la plus vraisemblable, mais le lieu et la date exacts ne sont pas établis par la photographie seule.

Que peut-on établir sur l’arrestation de Lucie et Fortunée ? Établi par recoupement
Déclaration d’après-guerre relative à l’arrestation de Lucie et Fortunée
Déclaration nominative à confronter aux attestations et aux fiches de Drancy.

QuestionQui les arrête, quand, où et pour quel motif ?

Pièces confrontéesLa déclaration de Lucie ; les attestations de Mme Veuve Simon et d’Élie Taladji, datées du 13 novembre 1951 ; les fiches établies à Drancy le lendemain.

LimiteLes récits de l’arrestation sont produits après la guerre. Les fiches de Drancy confirment l’internement, mais ne décrivent pas, à elles seules, les circonstances de l’arrestation.

ConclusionLa concordance des pièces établit que Lucie et Fortunée sont emmenées ensemble, au 58 rue Sedaine, le 18 juillet 1944, par la Milice française ; dans sa déclaration, Lucie indique le motif « israélite ».

Peut-on localiser le baraquement de Lucie à Birkenau ? Non établi
Plan historique du complexe d’Auschwitz-Birkenau en 1944
Un plan situe les secteurs ; il ne constitue pas une preuve d’affectation individuelle.

HypothèseLe témoignage d’Yvette Lévy rend plausible, pour les femmes de son groupe, le parcours rampe → sélection → Sauna → quarantaine dans l’ancien secteur des familles roms, BIIe.

Pièces confrontéesLa déclaration signée de Lucie ; le témoignage d’Yvette Lévy, déportée par le même convoi ; le plan et les repères historiques du camp. Le parcours d’Abraham Fridman éclaire le contexte de l’arrivée et de la sélection, non l’affectation individuelle de Lucie.

LimiteLe témoignage d’un membre du groupe n’établit pas chaque étape individuelle. Aucune pièce réunie ne donne un numéro de block pour Lucie.

ConclusionLa séparation d’avec sa mère et la sélection de Lucie pour le travail forcé sont établies. Une quarantaine à BIIe est attestée pour le groupe décrit par Yvette, mais reste seulement plausible pour Lucie ; son baraquement exact est inconnu.

Ces conclusions sont une synthèse du raisonnement historique conduit par les élèves à partir des documents étudiés. Elles distinguent volontairement le certain, le probable et l’inconnu.